Hakim Benotmane apparaît sur societe.com à travers plusieurs mandats liés à la restauration rapide et à des structures d’investissement. Derrière cette liste de sociétés actives ou radiées, le fondateur de Nabab Kebab concentre depuis quelques mois une attention judiciaire croissante : au printemps 2026, le nombre de plaignants contre son club d’investissement est passé de cinquante à soixante-neuf. Que révèlent exactement les données publiques du Registre du commerce sur ce parcours, et que manquent-elles ?
Mandats visibles sur societe.com : ce que les fiches montrent et ce qu’elles taisent
Societe.com agrège les informations déposées au Registre du commerce et des sociétés. Pour chaque dirigeant, la plateforme liste les mandats actifs, les sociétés radiées et les liens capitalistiques déclarés. La fiche de Hakim Benotmane fait apparaître plusieurs structures gravitant autour de la franchise Nabab Kebab et de la holding FBH Food.
Ce que ces fiches ne disent pas est tout aussi significatif. Societe.com ne renseigne ni les cessions de parts à des fonds, ni les contentieux en cours, ni les procédures collectives visant des franchisés individuels. Un mandat radié peut correspondre à une liquidation judiciaire comme à une simple dissolution volontaire après revente. Sans croiser les données du tribunal de commerce, la lecture reste partielle.
| Information affichée sur societe.com | Information absente |
|---|---|
| Mandats actifs et passés (gérant, président) | Montant et date des cessions de parts |
| Statut de chaque société (en activité, radiée) | Motif précis de radiation (volontaire ou judiciaire) |
| Adresse du siège social | Contentieux civils ou pénaux en cours |
| Capital social déclaré | Chiffre d’affaires réel ou bilan financier détaillé |
| Date d’immatriculation | Liens avec des structures étrangères |
Ce tableau résume l’écart entre ce qu’un internaute croit obtenir et ce qu’il obtient réellement. Societe.com est un outil de vérification, pas un outil d’investigation.

Nabab Kebab et FBH Food : trajectoire d’un réseau passé sous pavillon étranger
Hakim Benotmane a lancé son premier restaurant Nabab Kebab à Tours en 2003. Le réseau a grandi sans apport extérieur jusqu’en 2016, atteignant alors une quatre-vingts de points de vente. Entre 2016 et 2020, plusieurs cessions successives ont transféré le capital vers des fonds, jusqu’à ce qu’un fonds d’investissement anglo-saxon devienne le propriétaire de FBH Food.
Le groupe revendiquait plus de deux cents restaurants (dont environ cent soixante franchises) et un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros, avec la moitié de l’activité réalisée à l’étranger, notamment en Asie. Sur societe.com, la trace de cette expansion internationale est quasi inexistante : seules les entités immatriculées en France y figurent.
Mise en sommeil et fermetures récentes
Depuis le rachat par le fonds anglo-saxon, plusieurs points de vente ont fermé ou été mis en sommeil. La dynamique du réseau ne se lit pas sur societe.com, où les entités franchisées apparaissent comme des sociétés indépendantes. Un franchisé en liquidation judiciaire n’est pas rattaché à la fiche du fondateur, ce qui rend le suivi du réseau global particulièrement opaque pour un observateur extérieur.
Plaintes pour escroquerie contre le club d’investissement Benotmane
Le volet le plus médiatisé du dossier concerne le club d’investissement lancé par Hakim Benotmane. En mai 2026, Le Parisien rapportait une plainte contre X déposée par une cinquantaine de membres pour escroquerie, tromperie et abus de confiance. L’investisseur Anthony Bourbon, connu pour son rôle dans l’émission « Qui veut être mon associé ? » sur M6, a également porté plainte.
Au printemps 2026, le nombre de plaignants a grimpé à 69 adhérents du club acquisition, selon les derniers comptages judiciaires repris par la presse. Cette progression montre une consolidation des démarches collectives, portée notamment par le collectif d’Aide aux victimes d’influenceurs (AVI).
Ce que les plaignants reprochent concrètement
- Des promesses de rendement sur des opérations d’acquisition de commerces, sans information claire sur les risques ni les frais prélevés par la structure
- Un manque de transparence sur l’utilisation des fonds collectés auprès des membres du club
- L’absence de statut réglementé (conseiller en investissement financier ou société de gestion agréée) pour proposer ce type de placements collectifs
Aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade. L’enquête est en cours et Hakim Benotmane conteste les accusations. Le dossier judiciaire reste ouvert et non jugé.

Societe.com face aux limites du registre public pour évaluer un entrepreneur
Un réflexe courant consiste à chercher un nom sur societe.com avant d’investir ou de signer un contrat. La démarche a du sens, mais elle ne couvre qu’une fraction du portrait entrepreneurial. Voici ce que la plateforme permet de vérifier, et ce qu’il faut chercher ailleurs.
- Societe.com confirme l’existence juridique d’une société et la réalité d’un mandat de direction, ce qui élimine les impostures grossières
- Les comptes annuels, quand ils sont déposés, donnent une idée du chiffre d’affaires et de la santé financière, mais beaucoup de petites structures ne les publient pas
- Pour les contentieux (plaintes pénales, procédures collectives en cours), il faut consulter les greffes des tribunaux de commerce ou les bases de données spécialisées comme procedurecollective.fr
- Les activités à l’étranger, les participations indirectes via des holdings offshore et les clubs d’investissement non régulés échappent totalement au périmètre du RCS français
Le parcours de Hakim Benotmane illustre précisément cette limite. Sur societe.com, la fiche affiche des mandats de restauration rapide. Elle ne mentionne ni le club d’investissement, ni les plaintes, ni le déploiement en Asie. Croiser societe.com avec la presse judiciaire et les bases de procédures collectives reste la seule méthode fiable pour reconstituer un profil complet.
Le cas Benotmane rappelle que la transparence du Registre du commerce a des angles morts structurels. Un entrepreneur peut cumuler des mandats parfaitement réguliers sur societe.com tout en faisant l’objet d’une enquête pénale sur une activité parallèle non immatriculée. La donnée publique est un point de départ, pas une conclusion.

