Le CSE Altran fonctionne aujourd’hui dans le périmètre de l’UES Capgemini, ce qui modifie en profondeur ses leviers d’action. Pour les salariés ex-Altran, cette instance reste le point d’entrée sur les droits individuels et collectifs, mais ses prérogatives se sont élargies depuis la fusion, notamment sur le contrôle des accords Capgemini et la santé au travail en mission clientèle.
Prérogatives santé et sécurité du CSE Altran en mission clientèle
Le transfert des anciennes attributions du CHSCT vers le CSE Altran a créé une situation particulière dans le secteur du conseil en ingénierie. Les salariés ex-Altran exercent majoritairement en régie, chez des clients industriels dont les conditions de travail échappent au contrôle direct de l’employeur.
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Le CSE peut être saisi sur la charge de travail excessive en mission chez le client, les risques psychosociaux liés à l’isolement ou au management de transition, et les conditions matérielles sur site. Ce périmètre d’intervention est plus large que ce que la plupart des élus mobilisent en pratique.
En cas de signalement, l’instance dispose du droit d’enquête. Elle peut mandater une inspection sur site, recueillir des témoignages et, si la situation le justifie, émettre un avis formel et alerter l’inspection du travail. Nous observons que ce levier reste sous-utilisé, alors qu’il constitue l’un des rares outils contraignants face à des situations de mal-être en prestation externe.
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Ordre du jour et contrôle des accords Capgemini pour les ex-Altran
Depuis le rattachement au périmètre Capgemini, le CSE Altran conserve la capacité d’inscrire à l’ordre du jour des réunions des sujets propres aux salariés ex-Altran. Ce point est décisif : l’harmonisation des statuts entre les deux entités n’est pas achevée, et des écarts persistent sur plusieurs volets.
- Le remboursement du matériel personnel utilisé pour le travail (poste informatique, téléphone, connexion) peut faire l’objet d’une demande formelle via le CSE si les accords Capgemini ne sont pas appliqués.
- Les conditions de télétravail, notamment le nombre de jours et les critères d’éligibilité, relèvent du contrôle du CSE lorsqu’un accord collectif existe au niveau de l’UES.
- Les absences autorisées, le repos et les congés spécifiques prévus par les accords Capgemini doivent être accessibles aux ex-Altran dans les mêmes conditions, et le CSE peut vérifier leur application effective.
Quand un écart est constaté entre le texte d’un accord et sa mise en oeuvre par la direction, le CSE dispose d’un droit d’alerte. Nous recommandons aux élus de documenter systématiquement ces écarts avant chaque réunion ordinaire, pour éviter que les sujets soient reportés faute de données exploitables.
CSE unique Altran-Capgemini : ce que change la structure centralisée
Le choix d’un CSE unique au sein de l’UES Altran, avant même la fusion complète avec Capgemini, répondait à une logique précise. Une structure multi-CSE découpée par métiers aurait fragmenté les moyens des élus et multiplié les instances sans gain réel pour les salariés.
La centralisation permet une allocation plus efficiente des heures de délégation et des budgets d’expertise. Elle simplifie aussi la négociation collective, puisque les accords sont négociés au niveau de l’UES plutôt que par établissement.
En contrepartie, le CSE unique couvre un périmètre géographique large. Les problématiques locales (conditions de travail sur un site client en province, accès aux activités sociales et culturelles) risquent d’être diluées. Les représentants de proximité, quand ils existent, jouent alors un rôle de relais que l’accord de mise en place du CSE doit explicitement prévoir.
Articulation avec les commissions spécialisées
Le CSE unique s’appuie sur des commissions (santé-sécurité-conditions de travail, formation, égalité professionnelle) qui instruisent les dossiers techniques avant présentation en séance plénière. Pour les élus ex-Altran, la commission formation mérite une attention particulière : les plans de développement des compétences hérités d’Altran n’ont pas toujours été reconduits à l’identique dans le catalogue Capgemini.
Vérifier que les formations métier spécifiques (aéronautique, automobile, énergie) restent accessibles est un point de vigilance concret pour 2026.

Expertise et recours du CSE Altran face aux projets de réorganisation
Les projets de réorganisation au sein de Capgemini affectent régulièrement le périmètre ex-Altran. Le CSE dispose d’un droit de recours à une expertise externe financée par l’employeur dans plusieurs cas : consultation sur la situation économique, politique sociale, ou projet de restructuration ayant un impact sur l’emploi.
Ce recours à l’expertise est encadré par le Code du travail, mais son déclenchement dépend d’un vote en séance. En pratique, la direction peut contester le recours devant le tribunal judiciaire, ce qui allonge les délais. Les élus qui anticipent la procédure en amont de la consultation gagnent plusieurs semaines sur le calendrier.
L’accord de mobilité interne et externe négocié en 2026 illustre ce mécanisme. FO Altran a publiquement refusé de signer cet accord, estimant que les conditions proposées ne protégeaient pas suffisamment les salariés concernés. Ce type de désaccord entre organisations syndicales et direction alimente directement le travail du CSE, qui doit rendre un avis motivé avant toute mise en oeuvre.
Rôle de l’élu CSE ex-Altran en 2026
Un élu CSE issu du périmètre Altran porte une double responsabilité : maîtriser les accords Capgemini et connaître les spécificités historiques d’Altran. Les grilles de classification, les usages en matière de primes ou de mobilité géographique diffèrent encore partiellement. Cette connaissance de terrain donne aux élus ex-Altran un rôle de vigie que les nouveaux entrants dans l’instance ne peuvent pas remplir immédiatement.
La prochaine échéance de renouvellement des mandats déterminera si cette mémoire institutionnelle se maintient ou se dilue dans la masse du groupe Capgemini. Pour les salariés ex-Altran, l’enjeu de 2026 tient moins à la structure du CSE qu’à la capacité de ses élus à exploiter pleinement les prérogatives que le Code du travail leur confère.

